Mise en œuvre de l'accord de paix de Washington : des avancées fragiles et un essoufflement inquiétant, selon le Baromètre des accords de paix en Afrique
Le Baromètre des accords de paix en Afrique souligne que les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l'accord de paix de Washington restent fragiles, inégaux et marqués par une dynamique d’essoufflement. C'est ce qui ressort de son rapport d’évaluation sur l'exécution de cet accord.
Six mois après sa signature, le Baromètre indique que le score d’exécution en décembre 2025 est resté identique à celui de novembre, avec un taux global de sa mise en œuvre plafonnant à 23,3 % malgré quelques avancées observées le mois précédent.
Les retards enregistrés entre le 1er au 31 décembre s'expliquent principalement par le manque de confiance mutuelle entre les parties, une mise en œuvre sélective et de mauvaise foi, ainsi que le non-respect des obligations sécuritaires prioritaires, notamment la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises.
Cependant, l'organisation relève quelques éléments positifs au cours de la même période, essentiellement dans le cadre normatif et politique :
- l’entérinement par les présidents congolais et rwandais de la signature de l’accord de paix;
- la signature d’une série d’autres accords bilatéraux à caractère économique et sécuritaire, dont le Cadre d’Intégration Economique Régionale (REIF) entre la RDC et le Rwanda;
- l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 2808 (2025), prorogeant le mandat de la MONUSCO et renforçant certaines de ses prérogatives.
Face à cette situation, le rapport formule les recommandations suivantes :
Au gouvernement de la RDC :
- accélérer sans délai la mise en œuvre d’opérations coordonnées pour neutraliser les FDLR, en y associant officiellement la MONUSCO;
- envisager de fournir à toutes les parties prenantes des assurances claires et vérifiables attestant qu’aucun membre des FDLR n’est intégré au sein des FARDC, afin de répondre aux allégations persistantes, de réduire les perceptions erronées et de renforcer la confiance mutuelle.
Au gouvernement du Rwanda :
- mettre en œuvre sans tarder le plan harmonisé de désengagement et de levée des mesures défensives;
- fournir des garanties sécuritaires et/ou judiciaires crédibles aux membres des FDLR encore présents en RDC mais hésitant à se rendre, afin de faciliter leur rapatriement volontaire;
- fournir des assurances claires aux facilitateurs quant à la mise en œuvre effective de ces garanties;
- inciter l’AFC/M23 à ne pas entraver les éventuelles opérations de la MONUSCO visant à neutraliser les FDLR dans les zones sous son contrôle, si une demande formelle est introduite par le gouvernement congolais.
Le rapport exhorte par ailleurs les facilitateurs à élaborer et proposer aux parties un Mémorandum d’entente établissant la complémentarité et la non-exclusivité des engagements issus des processus de Washington et de Doha. Un tel instrument permettrait d’intégrer formellement l’AFC/M23 dans le cadre de l’Accord de Washington et d’engager le Rwanda dans le processus de Doha, favorisant ainsi la coordination et la cohérence entre les deux cadres de paix.
Il les invite également à garantir à la MONUSCO les ressources financières, techniques et logistiques nécessaires pour lui permettre de remplir efficacement son mandat renforcé.





