Kinshasa : faux arrêté, policiers complices et magistrat accusé dans une vaste spoliation foncière au village Manzanza à N'djili-Brasserie

Un conflit foncier secoue le village Manzanza, dans la commune de la Nsele, où un groupe de particuliers est accusé d’utiliser des arrêtés ministériels falsifiés et la complicité présumée de certains agents de l’ordre pour s’approprier illégalement des terrains.

Kinshasa : faux arrêté, policiers complices et magistrat accusé dans une vaste spoliation foncière au village Manzanza à N'djili-Brasserie
Image d'illustration d'un terrain vide à N'djili brasserie

Des documents cadastraux valides contestés par un "arrêté fantôme"

‎Arsene Botango, propriétaire d’une concession de 5,5 hectares à Manzanza (Ndjili-Brasserie), a déposé une plainte le 20 juillet 2026 auprès du procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa-Matete. Dans celle-ci, il accuse un groupe de personnes, parmi lesquelles Alfonsine Ntekila Maswanga, Nelka Mwanza Mundos alias Junior et Samuel Nsimba, de tenter de le déposséder de son bien en recourant à des documents frauduleux.

‎Selon la plainte, M. Botango affirme détenir un certificat d’enregistrement (n° 88.065) obtenu en février 2014 pour sa concession. En 2024, il dit avoir vu arriver sur son terrain des individus munis d’un numéro cadastral récent (octobre 2024) ne portant que sur 3 hectares, alors que sa propriété en fait 5,5. Après avoir attaqué cette première tentative devant l’auditorat de la Nsele, les auteurs présumés auraient abandonné la procédure.

‎Mais en 2025, le même groupe est revenu, cette fois avec un arrêté ministériel qu’ils présentaient comme leur octroyant 170 hectares couvrant plusieurs villages entiers. M. Botango affirme avoir fait vérifier ce document au Journal officiel, qui en a contesté l’authenticité. Il s’agirait en réalité d’un arrêté inexistant, dont le contenu aurait été falsifié pour étendre illégalement la superficie attribuée.

‎Une stratégie mafieuse appuyée par une présence policière contestée

‎Dans sa dénonciation publique, le plaignant va plus loin. Il évoque un "système mafieux" d’appropriation illégale de terrains à Ndjili-Brasserie, organisé par le même groupe, qui utiliserait de faux documents et bénéficierait de la complicité d’un magistrat du parquet de grande instance de Matete.

‎Selon ces accusations, les mis en cause auraient obtenu, dès 2024, une présence policière permanente sur les lieux pour "protéger" leurs terrains supposés. Cette force de l’ordre, réquisitionnée sans croquis ni documents cadastraux valides, servirait à intimider les propriétaires légitimes et à faire exécuter le faux arrêté ministériel. M. Botango dénonce particulièrement le rôle d’un magistrat qui, malgré plusieurs rappels à l’ordre de l’Inspection générale des affaires judiciaires et pénitentiaires, continuerait à protéger le groupe.

‎Un autre magistrat du même parquet est toutefois salué par le plaignant pour avoir tenté de l’accompagner dans ses démarches, mais ses efforts auraient été ralentis pour des raisons de compétence géographique.

‎Appel au commandant de la ville et enquête demandée

‎Le plaignant lance un appel urgent au commandant de la Police de la ville de Kinshasa pour que les policiers présents sur le site depuis 2024 soient retirés, estimant que leur présence est injustifiée et qu’elle participe à l’insécurité. Il demande que "toute la lumière soit faite" et que les responsables, quel que soit leur rang, répondent de leurs actes devant la loi.

‎Dans sa plainte, Arsène Botango sollicite du procureur général :

‎· l’ouverture d’une enquête judiciaire,

‎· la saisie et l’expertise des documents litigieux,

‎· des poursuites contre tous les impliqués,

‎· des mesures conservatoires pour empêcher toute transaction ou occupation du terrain jusqu’à la fin de la procédure,

‎. le retrait des policiers dans le village.

‎À l’appui, il fournit plusieurs pièces, dont son certificat d’enregistrement, le document cadastral de 2014, le faux arrêté ministériel et la réponse officielle du Journal officiel.

‎Cette affaire révèle une fois de plus la fragilité du droit foncier en République démocratique du Congo, où la cohabitation entre titres authentiques, documents coutumiers et tentatives de falsification nourrit des conflits récurrents, parfois exacerbés par l’implication présumée d’agents de l’État.