Goma et Bukavu : la suspension des activités académiques est une mesure administrative, pas politique, selon le SG à l'ESU

Le secrétaire général à l'Enseignement supérieur et universitaire (ESU) a fermement démenti, ce vendredi 28 août, toute interprétation politique de la suspension des activités dans onze établissements de Goma et Bukavu. Selon Pacifique Ilosyo, il s'agit d'une mesure administrative visant à protéger les étudiants contre des diplômes "contrefaits" susceptibles de qui compromettre leur avenir professionnel et leur employabilité.

Goma et Bukavu : la suspension des activités académiques est une mesure administrative, pas politique, selon le SG à l'ESU
Pacifique Ilosyo, Secrétaire général à l'Enseignement supérieur et universitaire

Dans une mise au point, le secrétaire général Pacifique Ilosyo a rejeté les accusations de "politisation de l'éducation" et dénoncé les "sorties médiatiques empreintes de contre-vérités" émanant de l'AFC-M23.

‎Le responsable de l'administration de l'ESU a rappelé que cette décision répond à un triple objectif : prévenir les atteintes à la sécurité des étudiants et du personnel, réguler la gouvernance des établissements et protéger l'intégrité du système éducatif congolais. 

‎"Il s'agit de veiller sur la légalité institutionnelle et la régularité fonctionnelle, deux piliers de la crédibilité de notre système éducatif à l'international", a-t-il souligné.

‎Des comités de gestion "inconnus" pointés du doigt

‎Le cœur du litige réside dans la mainmise de la rébellion de l'AFC-M23 sur les comités de gestion des universités et instituts supérieurs. Selon Pacifique Ilosyo, des "comités de gestion inconnus", désignés par le M23, ont évincé les représentants légitimes nommés par Kinshasa. Une situation jugée "intolérable", ces instances étant essentielles à la gestion courante : demande de numéros matricule, mécanisation des agents, correction des grades, demande de primes et frais de fonctionnement.

‎"Comment ces comités pourraient-ils agir dans l'intérêt des étudiants et du personnel alors qu'ils sont coupés de Kinshasa ?", s'interroge-t-il. 

‎Il déplore également l'exode de nombreux enseignants, contraints de fuir pour des raisons de sécurité, ce qui compromet la régularité du cursus académique.

‎Le risque d'une "génération sacrifiée"

‎L'argument le plus percutant avancé par le secrétaire général à l'ESU concerne la délivrance des diplômes. Selon M. Ilosyo, l'ingérence de la rébellion dans le fonctionnement des établissements menace la reconnaissance nationale et internationale des diplômes, exposant les étudiants à des difficultés d'insertion professionnelle.

‎"La rébellion place nos étudiants dans le risque que leur diplôme ne puisse jamais être reconnu, ni sur le plan national, ni sur le plan international. L'étudiant dont le diplôme est contesté ne peut ni poursuivre ses études à l'étranger, ni trouver un emploi. C'est tout simplement hypothéquer leur avenir", a-t-il martelé 

‎Il rappelle que les rébellions antérieures, comme le RCD ou le M23 dans son ancien format, n'avaient jamais osé s'immiscer dans ce secteur, par crainte de délivrer des titres non reconnus. 

‎"Peut-on imaginer la rébellion délivrer des passeports ? Non. Il en va de même pour les diplômes", compare le SG à l'ESU.

‎Une levée conditionnée à la normalisation

‎En définitive, Kinshasa assume pleinement sa responsabilité régalienne. "Freiner ceux qui ruinent la jeunesse et la carrière des enseignants était une nécessité", conclut Pacifique Ilosyo, qui précise que seule une évolution positive de la situation sur le terrain permettra d'envisager une évaluation et, le cas échéant, une levée des mesures de suspension.