Crise académique dans l'Est : Denis Mukwege dénonce un "épistémicide" et accuse Kinshasa et Kigali de vouloir "se partager le pays"
Le Prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukwege, a vivement condamné à la fois les nominations d'autorités académiques effectuées par la rébellion AFC-M23/RDF dans les zones sous son contrôle, et la suspension des activités académiques décrétée par le gouvernement de Kinshasa.
Dans un communiqué publié ce mercredi 26 août 2026, le célèbre gynécologue congolais estime que la décision du pouvoir central resserre encore l'avantage l'étau sur 12 millions d'habitants du Nord et du Sud-Kivu, déjà durement éprouvés par la fermeture des banques et des aéroports, ainsi que par les restrictions imposées à l'aide humanitaire.
"Vous avez déjà brisé l'avenir de notre jeunesse par le chômage, le détournement des fonds destinés à son épanouissement, le recrutement forcé dans des groupes armés, les tueries qui endeuillent chaque jour nos familles. Briser aujourd'hui leur espoir de rêver, d'apprendre, de se former pour réaliser leurs aspirations et servir notre société, est une ligne rouge inacceptable", peut-on lire dans son texte.
Le docteur Denis Mukwege s'interroge par ailleurs sur une éventuelle coordination entre Kinshasa et Kigali, qu'il soupçonne de poursuivre un plan "bien rodé" visant à se départager le territoire congolais.
"Après nous avoir imposé un génocide silencieux, nous redoutons désormais un épistémicide lent, plus corrosif et dangereux pour l'avenir des générations futures et pouvant conduire à la mise à mort systématique de nos savoirs, de notre capacité à penser, à chercher et à produire de la connaissance", a-t-il dénoncé.
Face à cette situation, le Prix Nobel de la paix 2018 exige la fin de l'instrumentalisation et de l'ingérence militaire dans la gestion des établissements universitaires et scolaires. Il plaide également pour une reprise des cours dans tous les établissements publics, y compris dans les zones occupées.
Denis Mukwege appelle enfin les acteurs de tous bords à sortir l'avenir de la jeunesse congolaise du champ des calculs politiques et des ambitions territoriales, refusant qu'elle soit traitée comme un "simple dommage collatéral" des conflits en cours.
Pour rappel, par un arrêté daté du 20 août, la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations (ESURSI), Marie-Thérèse Sombo, a suspendu les activités académiques et para-académiques dans onze établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire situés à Goma (Nord-Kivu) et à Bukavu (Sud-Kivu). Ces villes sont actuellement sous le contrôle de la rébellion de l'AFC-M23, soutenue par le Rwanda.
Parmi ces institutions figurent l’Université officielle de Goma (UOG), l’Institut supérieur de commerce de Goma (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales de Goma (ISTM-Goma), l’Institut supérieur pédagogique de Goma (ISP-Goma), ainsi que leurs homologues de Bukavu : l’Université officielle de Bukavu (UOB), l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’ISDR-Bukavu et l’ISAM-Bukavu.
Par ailleurs, 48 membres du personnel académique professeurs, chefs de travaux et assistants ont été radiés des listes de paie de l’État. Le gouvernement central leur reproche d'avoir accepté des nominations accordées par la rébellion pour diriger ces établissements universitaires.





