Répression des manifestations et arrestations arbitraires en RDC : l'opposition et la société civile dénoncent une dérive autoritaire de Tshisekedi

L’avènement de Félix Tshisekedi au pouvoir en République démocratique du Congo avait suscité beaucoup d’espoir après 18 ans de règne de Joseph Kabila, marqué par de nombreux maux tels que la prédation, la corruption, la mauvaise gouvernance, la répression, les arrestations arbitraires, pour ne citer que cela. Plus d’une personne a crû qu’après 37 ans de lutte dans l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social, (UDPS-Tshisekedi) parti politique cher à l’opposant historique Etienne Tshisekedi, d’heureuse mémoire, viendrait enfin instaurer un véritable État de droit, pour lequel il s’était battu durant toute sa carrière politique, et ferait de la République démocratique du Congo un pays où il fait beau vivre.

Répression des manifestations et arrestations arbitraires en RDC : l'opposition et la société civile dénoncent une dérive autoritaire de Tshisekedi
Échangeur de Limeté à Kinshasa

Ainsi, dès le début de son mandat à la tête du pays, le successeur de Joseph Kabila avait opéré une réelle décrispation politique, marquée par la libération des prisonniers politiques arrêtés sous Kabila, le retour d'acteurs politiques de l’opposition exilés, l’ouverture de la chaîne de télévision nationale, la radio télévision nationale congolaise, RTNC aux opposants, ainsi que la tenue des meetings et autres manifestations sans entraves. Cela a justifié la libération d'opposants tels que Franck Diongo (président de Mouvement Lumumbiste Progressiste), Jean-Claude Muyambo, Gérard Mulumba dit Gekoko, ou encore Christopher Ngoy, issu de la société civile.

‎Il en va de même pour le retour de Moïse Katumbi, opposant au régime Kabila, qui avait dénoncé la tentative de troisième "faux penalty" de Joseph Kabila, lorsqu'il cherchait à briguer un troisième mandat non constitutionnel. Malheureusement, très vite, les réalités du terrain ont démontré que d’autres promesses faites par Félix Tshisekedi n’ont pas été tenues, comme la fermeture des prisons secrètes des services de renseignements civils et militaires ou la fin des arrestations arbitraires et des détentions sans procès. 

‎Des manifestations violemment réprimées 

‎Pour manifester leur désapprobation dans la gouvernance de régime Tshisekedi, d'anciens alliés de ce dernier, comme le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila et la coalition Lamuka de Martin Fayulu, ainsi que d’autres organisations de la société civile et des mouvements citoyens ont refusé de se taire. Ils organisent des manifestations de rue pour dire non à une gouvernance qu’ils jugent de plus en plus éloignée des principes démocratiques. Les dernières manifestations organisées par la coalition Lamuka de Martin Fayulu contre la volonté affichée de changer la Constitution, sujet d'une tournée provinciale de Félix Tshisekedi, en sont une preuve éloquente. 

‎Lors des manifestations et meetings tenus dans les quartiers chauds de Kinshasa (Camp Luka, Kingasani, Selembao , Makala, etc.) pour sensibiliser la population à faire échec à la tentative de changement constitutionnel, la police a fait usage de la force pour disperser les manifestants, avant de procéder à des attestations de plusieurs d'entre eux. 

‎« Nous dénonçons la dictature que veut imposer Félix Tshisekedi et son régime en nous empêchant de tenir nos manifestations alors que nous jouissons de notre droit constitutionnel, celui de la liberté des manifestations », a dénoncé Prince Epenge, Porte-parole de la coalition Lamuka, lors d’une manifestation tenue au Camp Luka pour s’opposer au changement de la Constitution.

‎Et d’ajouter : « il s’agit là d’une tentative de vouloir museler l’opposition et de faire passer la pensée unique comme au temps déclaré dictature sous le règne de Mobutu et de Kabila que nous avons toujours combattu. Nous ne nous laisserons pas faire ». 

‎Face à ces dérives, des organisations nationales et internationales des droits de l’homme, telles que la voix des sans voix, l’Asadho, la fédération Internationale des droits de l’homme (FIDH), Human Watch Right, ont unanimement condamné ces faits et exhorté le pouvoir en place à promouvoir la liberté des citoyens.

‎Des arrestations arbitraires dans certains établissements publics 

‎Les arrestations ne sont pas seulement enregistrées dans les milieux politiques mais aussi dans des sphères non apolitiques. En effet, certains acteurs politiques et mandataires publics ont rejoint, pour des raisons qui leur sont propres, le mouvement rebelle AFC-M23, soutenu par l’armée rwandaise qui agresse la RDC. Parmi ces mandataires figure l’ancien directeur général de l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM), Patient Sayiba. Cet homme n'hésite pas à s’afficher aux côtés de l’ancien président Joseph Kabila, présenté aujourd'hui comme la tête de file de l’AFC-M23, lors de toutes ses apparitions publiques. 

‎Dès lors, la présence de Patient Sayiba dans la rébellion  a entraîné une véritable persécution à l'encontre de ses proches collaborateurs, désormais perçus d’un mauvais œil au sein de cet établissement public. Qualifiés de « traitres », ils vivent dans une insécurité sans précédent. 

‎C’est le cas de Christian Muyengo, un cadre de l’OGEFREM, proche collaborateur de Patient Sayiba et également son cousin. Il a été arrêté à trois reprises à cause du ralliement de son ancien chef à la rébellion de l'AFC-M23. La dernière arrestation a eu lieu en février dernier, et il a été incarcéré à la prison centrale de Makala pour des faits qu’il n’a pas commis. Son arrestation faisait suite à un mandat d’amener émis par l’auditorat militaire de Kinshasa–Gombe. Il a recouvré sa liberté trois mois plus tard, son dossier étant vide, selon ses avocats.

‎Outre Christian Muyengo, ce mandat d’arrêt concernait également sept autres de ses collègues, eux aussi proches collaborateurs de Patient Sayiba : Bulambo Wilondja, Kasoro Maseko, Tumba Dibungu, Maene Amisi, Masuka Kevin, Mbandu Jack et Ramazani Lwango Ricky. Leur crime : avoir travaillé aux côtés de Patient Sayiba, alors qu’ils n’ont pluseu aucun contact avec lui depuis son ralliement à la rébellion. 

‎Sur ces huit personnes, quatre ont pu quitter clandestinement le pays, craignant ainsi pour leur vie et celle de leurs familles. Les quatre autres, toujours sur place, vivent toujours dans une insécurité et une peur permanente, avec un lendemain incertain. 

‎Au regard de toutes ces arrestations, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les dirigeants congolais sur le respect des droits de l’homme, d'autant plus que la RDC a souscrit a de nombreux instruments juridiques internationaux qui promeuvent, et qu'elle est membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies ainsi que membre du Conseil des droits de l’homme de l'ONU. 

RSK