RDC : 18,9 milliards de dollars de salaires en cinq ans, CREFDL alerte sur des dépassements budgétaires et une fraude structurelle

‎Le gouvernement congolais a déboursé, entre 2021 et 2025, 18,9 milliards de dollars américains au titre des salaires de la fonction publique, dépassant chaque année les plafonds budgétaires légalement autorisés, pour un excédent cumulé de près de 2 milliards de dollars. C'est ce qui ressort de la troisième note du Baromètre financier publiée jeudi 19 mars par le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL), consacrée à l’analyse critique des dépenses de rémunération des agents publics en République démocratique du Congo.

RDC : 18,9 milliards de dollars de salaires en cinq ans, CREFDL alerte sur des dépassements budgétaires et une fraude structurelle

Selon CREFDL, ces dépassements se sont opérés en violation de la loi relative aux finances publiques. Celle-ci dispose que les crédits ouverts au titre des dépenses de personnel constituent un plafond que les administrations ne peuvent franchir. 

‎Le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local a également fait un autre constat préoccupant : la masse salariale représente en moyenne 43,42% des recettes internes sur la même période, très au-delà du seuil de 35% convenu avec le Fonds Monétaire International. Cette institution de Bretton Woods identifie cette dérive comme un risque budgétaire majeur pour 2025-2026.

‎"De 2021 à 2025, les crédits payés au titre des dépenses du personnel sont passés de 2,750 milliards USD à 4,581 milliards de dollars américain, soit un accroissement de 39,97 % représentant un montant de 1,83 milliards $. Au cours de la même période, la ligne “dépenses du personnel” a connu un accroissement annuel évalué à hauteur de 9,12%. Tandis que les effectifs du personnel rémunéré par le Trésor public sont passés de 1 488 427 en 2021 à 1 518 276 en 2025, enregistrant un accroissement de 2%, soit 29 850 agents par année", a relevé le rapport.

‎L'enquête a également pointé une fraude structurelle et persistante dans le fichier de paie. Selon le rapport, les audits successifs de l’Inspection générale des Finances, en 2019 puis en 2023, ont mis au jour des centaines de milliers d’agents fictifs, de doublons et de matricules falsifiés. 

‎L'ONG note que les dysfonctionnements perdurent malgré des enquêtes judiciaires, des interpellations et plusieurs tentatives de réforme informatique, dont la mise en place du système SYGECPAF en 2013. Le document indique que le préjudice cumulé pour le Trésor public est estimé à 889 millions de dollars sur cinq ans.

‎Face à ce tableau sombre, le CREFDL a salué l'annonce du lancement d’un nouvel audit de l’état liquidatif de la paie sur instruction du président Félix Tshisekedi. Cependant, la structure estime que tant que les recommandations des missions de contrôle précédentes resteront lettre morte, avertit l’organisation, aucune réforme de fond ne pourra véritablement s’imposer.

‎Le CREFDL appelle pour ce faire le gouvernement à appliquer ‎les recommandations contenues dans les différents rapports d’audit de l'IGF de 2019 et 2023 afin de rationaliser les dépenses des rémunérations.