Kinshasa : Alexis Thambwe Mwamba, âgé de plus de 80 ans, arrêté vendredi matin par les forces de sécurité

L'ancien président du Sénat de la République démocratique du Congo, Alexis Thambwe Mwamba, a été arrêté ce vendredi matin à Kinshasa. L'information a été relayée par le sénateur Salomon Kalonda Della, l'un des proches de l'ex-Speaker de la Chambre haute du Parlement congolais.

Kinshasa : Alexis Thambwe Mwamba, âgé de plus de 80 ans, arrêté vendredi matin par les forces de sécurité
Alexis Thambwe Mwamba, ancien président du Sénat

L'opération, qui a mobilisé plus d'une trentaine de militaires, marque un tournant dans la trajectoire politique de cette figure historique du régime de Joseph Kabila, restée dans l'ombre depuis sa démission forcée du Bureau du Sénat en 2021.

‎Toutefois, les motifs de son arrestation ne sont pas encore connus.

Le sénateur Salomon Kalonda Della a qualifié l'arrestation de l'acmnvie président du Sénat d'"arbitraire" et la lie à la loi sur le référendum.

‎Un parcours hors du commun

‎Né dans le territoire de Kasongo, dans la province du Maniema, Alexis Thambwe Mwamba incarne une génération de technocrates qui a traversé les régimes successifs de Mobutu Sese Seko à Félix Tshisekedi. Juriste de formation, passé par les bancs de l'Université libre de Bruxelles et de l'Université de Bujumbura, il a d'abord fait carrière dans le secteur minier avant d'être appelé au gouvernement par Léon Kengo wa Dondo sous le régime du Maréchal Mobutu.

‎Son parcours politique est celui d'un caméléon pragmatique. Ministre à plusieurs reprises, ambassadeur en Italie, il s'est rallié à la rébellion de Jean-Pierre Bemba contre Laurent-Désiré Kabila, avant d'être réintégré au gouvernement par Joseph Kabila après l'assassinat de ce dernier en 2001. En 2019, il est élu sénateur du Maniema et accède à la présidence de la chambre haute du Parlement, devenant l'un des derniers remparts institutionnels du camp Kabila face à l'ascension de Félix Tshisekedi.

‎La chute de 2021 : fin de règne au Sénat

‎La démission de Thambwe Mwamba de la présidence du Sénat, le 5 février 2021, reste un épisode révélateur des rapports de force qui ont suivi l'éclatement de la coalition FCC-CACH. Sous la pression d'une pétition initiée par des sénateurs pro-Tshisekedi et d'une procédure judiciaire pour détournement de deniers publics, il avait remis sa démission quelques minutes avant l'ouverture d'une plénière visant à le destituer.

‎Les accusations portaient sur le retrait de trois chèques totalisant 2 millions d'euros, 1 million de dollars et 1 million de francs congolais, ainsi que sur la gestion de 107 milliards de francs congolais alloués au Sénat entre 2019 et 2020 . Thambwe Mwamba avait contesté ces accusations, affirmant que les fonds étaient "traçables" et dénonçant une procédure irrégulière. Sa démission avait consacré la mainmise du camp présidentiel sur les institutions parlementaires, après la chute du bureau de l'Assemblée nationale et la censure du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba.

‎Une discrétion qui n'a pas suffi

‎Contrairement à plusieurs de ses camarades du Front commun pour le Congo (FCC), Alexis Thambwe Mwamba n'a pas pris le chemin de l'exil après la rupture de la coalition au pouvoir. Il est resté au pays, menant une existence discrète, sans véritablement défier le pouvoir en place. Cette posture attentiste n'a toutefois pas suffi à le mettre à l'abri des turbulences qui secouent l'ancienne majorité présidentielle. Plusieurs cadres du FCC, dont Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, respectueusement Secrétaire permanent du PPRD et vice-président du Bureau politique du PPRD, ont été arrêtés et sont encore détenus dans des conditions opaques, parfois au sein du Conseil national de cyberdéfense (CNC), une structure rattachée à la présidence .

‎L'attestation d'Alexis Thambwe Mwamba s'inscrirait dans cette logique de démantèlement systématique de l'héritage kabiliste. À plus de 80 ans, l'ancien président du Sénat représenterait une cible symbolique : celle d'un homme qui a occupé les plus hautes fonctions de l'État sans jamais avoir publiquement rompu avec l'ancien président, mais sans non plus avoir pris les armes de la contestation.