Dialogue intercongolais : Kinshasa et Luanda toujours opposés sur le calendrier et la composition des participants
Le projet du dialogue intercongolais, censé apaiser les tensions dans l'Est de la RDC, piétine depuis des mois. Initiées en février dernier par le président angolais, João Lourenço, les consultations auprès du pouvoir, de l'opposition politique et armée, ainsi que de la société civile n'ont pas permis de dégager une voie commune.
Dans un article publié ce mardi, le magazine Jeune Afrique revient sur l'enlisement progressif de cette médiation, minée par des divergences profondes entre Kinshasa et Luanda. Selon le média, João Lourenço n'aurait d'ailleurs pas caché son exaspération face à l'absence de d'accord sur le format et le calendrier du dialogue, deux points sur lesquels les parties campent sur leurs positions.
À l'issue des consultations menées à Luanda, l'Angola avait proposé la mise en place d'“un pacte social durable pour la paix, la réconciliation, la stabilité politique et le développement”. Ce plan prévoyait une assemblée de 90 représentants, répartis en trois tiers égaux : 30 pour le pouvoir, 30 pour l'opposition politique et armée, et 30 pour la société civile. Luanda suggérait d'intégrer les Wazalendo dans le quota du pouvoir, et les groupes armés, dont la CPR de Thomas Lubanga et l'AFC/M23, dans celui de l'opposition. La proposition confiait également au président Lourenço la supervision des travaux ainsi que la présidence des cérémonies d'ouverture et de clôture.
Transmise à Félix Tshisekedi début mars, cette offre n'a pas convaincu Kinshasa. Les autorités congolaises ont soulevé plusieurs objections, en premier lieu l'absence de la mention explicite de la responsabilité du Rwanda dans le conflit qui ravage l'Est du pays. Par ailleurs, l'inclusion de membres de la rébellion soutenue par Kigali, de même que la présence de l'ancien président de la République Joseph Kabila, condamné à mort par la justice congolaise pour “haute trahison”, sont considérées comme des lignes rouges infranchissables.
Kinshasa réaffirme par ailleurs que le dialogue doit se tenir dans la capitale congolaise, à l'initiative du président Tshisekedi, et non à Luanda, comme le propose l'Angola.
Mi-mai, la RDC a finalement transmis sa contre-proposition. Celle-ci écarte l'idée d'un dialogue inclusif au profit “d'Etats généraux de la refondation de l'Etat pour le salut de la patrie”. Ce processus, placé sous l'égide de Félix Tshisekedi, prévoit plusieurs étapes et devrait aboutir à un “changement ou adaptation de la constitution” ainsi qu'à “l'avènement d'une 4è République”, avec le maintien en fonction de Félix Tshisekedi jusqu'à l'élection de son successeur.
Selon Jeune Afrique, cette contre-proposition n'a pas davantage séduit João Lourenço. Luanda refuse en effet de cautionner un dialogue qui exclurait des acteurs clés comme Joseph Kabila et l'AFC/M23, et craint surtout que le processus ne débouche sur un changement de la constitution jugé intempestive.
Pour autant, Luanda n'envisage pas, à ce stade, de se retirer du dossier. Si les diplomates angolais redoutent des tensions dans l'ex-Katanga, les émissaires de Félix Tshisekedi comptent, eux, défendre leur proposition devant les autres médiateurs internationaux.
C.K





