‎Élections en RDC à l’horizon 2028 : l’AETA tire la sonnette d’alarme sur un processus électoral déjà paralysé

‎Dans une analyse technique rendue publique ce 19 septembre 2026, la plateforme Agir pour des élections transparentes et apaisées (AETA) dresse un diagnostic sans concession de la trajectoire électorale congolaise. Entre crise sécuritaire à l’Est, tensions institutionnelles autour de la révision constitutionnelle et impasse financière, la tenue du cinquième cycle électoral en 2028 apparaît plus incertaine que jamais.

‎Élections en RDC à l’horizon 2028 : l’AETA tire la sonnette d’alarme sur un processus électoral déjà paralysé

‎Alors que la Constitution de 2006 impose la tenue régulière des scrutins pour garantir l’alternance démocratique, la feuille de route de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour 2028 semble déjà tomber en désuétude. Un an après sa validation, aucune opération n’a débuté, faute de calendrier électoral. C’est le constat alarmant que pose la plateforme AETA dans son analyse technique intitulée "Analyse technique de la plateforme AETA sur la problématique de la tenue hypothétique des élections à l’horizon 2028 en RDC".

Une triple crise qui paralyse le processus

‎La République démocratique du Congo aborde la phase préparatoire de son cinquième cycle électoral dans un climat délétère, marqué par une triple crise interconnectée.

Crise sécuritaire. L’occupation territoriale par l’AFC/M23 dans l’Est du pays paralyse complètement la chaîne électorale : enrôlement, campagne, sécurisation du vote. Des millions de citoyens se retrouvent exclus de leurs droits civiques, brisant le principe d’égalité du suffrage et fragilisant la légitimité du scrutin à venir. Pour l’AETA, "un enlisement sécuritaire rendra les reports des élections inévitables".

Crise institutionnelle. Le projet controversé de révision constitutionnelle, porté par le pouvoir en place et rejeté par l’opposition, cristallise les tensions. À cela s’ajoute une méfiance systémique entre la CENI et l’opposition, notamment sur la transparence du fichier électoral. Les appels insistants à un dialogue politique national font peser un risque supplémentaire de report sur le calendrier des scrutins.

Crise financière. La CENI dépend entièrement du budget gouvernemental, sans autonomie financière. Les retards accumulés dans la mise en œuvre de la feuille de route illustrent le décalage entre le lancement planifié des opérations et le déblocage effectif des ressources.

Des contraintes juridiques et opérationnelles préoccupantes

‎L’analyse de l’AETA met en lumière plusieurs obstacles juridiques et normatifs qui ralentissent l’exécution de la feuille de route. La CENI reste tributaire du calendrier parlementaire pour l’adoption de textes cruciaux, comme la loi sur la répartition des sièges. Les débats incessants sur les modifications de la loi électorale (seuils, parité, mode de scrutin) imposent à la centrale électorale de réajuster constamment ses procédures.

‎Autre problème majeur : le chronogramme 2025-2029 dépasse le mandat légal de l’équipe actuelle de Denis Kadima, créant un vide et un enjeu de légitimité pour piloter la fin du cycle électoral. 

‎"Toute réforme tardive, même issue d’un éventuel dialogue, réduit drastiquement le temps nécessaire à la CENI pour adapter ses outils et ses opérations", prévient la plateforme.

Trois scénarios pour 2028

‎Face à ces incertitudes, l’AETA envisage trois trajectoires possibles, par ordre de priorité.

‎- le respect strict du calendrier constitutionnel : Il s’agit de préserver coûte que coûte la continuité et la légitimité des institutions en organisant la présidentielle et les législatives au plus tard en décembre 2028. Mais si la situation sécuritaire reste dégradée à l’Est, ce scénario exclurait des millions d’électeurs, au risque d’une "balkanisation de fait".

‎- le maintien du calendrier avec dispositifs d’adaptation. Cette option privilégiée par l’AETA vise à concilier le respect des délais démocratiques et le droit de vote des populations meurtries par la guerre. Elle implique la création de centres de vote spéciaux hors des zones de conflit pour les déplacés internes, ou des modalités de recensement pilotes adaptées à la crise.

‎- le report technique des élections. Cette hypothèse exceptionnelle conditionnerait les élections au retour de la paix, avec un décalage officiel du scrutin jusqu’à ce que l’État congolais reprenne le contrôle des zones occupées. Mais l’AETA s’interroge sérieusement sur "la durée indéterminée de ce report et la fragilisation de la légitimité du pouvoir en place".

‎Pour tenter de sauver la trajectoire électorale, la plateforme AETA formule cinq recommandations.

‎- Préserver la continuité électorale vers 2028 ; 

‎- Garantir les conditions institutionnelles, financières et juridiques ;

‎- Renforcer la crédibilité et la transparence du processus ;

‎- Articuler les réformes électorales et la loi sur le référendum avec la trajectoire électorale ;

‎- Organiser la résilience du processus électoral.

Un consensus républicain indispensable

‎En conclusion, l’AETA rappelle que "l’organisation des élections en RDC exige bien plus qu’une simple planification chronologique".

‎"Les prochains scrutins en RDC ne doivent pas être considérés comme une simple échéance à atteindre, mais comme une référence à préparer rigoureusement pour ne pas compromettre la gouvernance démocratique", insiste la plateforme.

‎Pour garantir des élections apaisées et inclusives, l’AETA appelle à faire de la pacification de l’Est du pays une condition essentielle avant de lancer les opérations électorales. "Un consensus républicain est indispensable pour stabiliser la trajectoire électorale, la cohésion nationale, les réformes électorales et l’intégrité territoriale."

‎L’analyse,  intervient à un moment charnière où les incertitudes sur l’avenir démocratique de la RDC ne cessent de croître. Reste à savoir si les autorités congolaises entendront cet appel à la responsabilité partagée et à l’anticipation des risques systémiques.