19 septembre 2016 : quand la rue congolaise disait non au troisième mandat (Tribune)
Il y a dix ans, jour pour jour, Kinshasa vivait une de ces journées qui restent longtemps dans la mémoire d’un peuple. Le 19 septembre 2016, à l’appel du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, des milliers de Congolais descendaient dans les rues. Leur message était sans ambiguïté : respecter la Constitution, organiser les élections et dire non à un troisième mandat de Joseph Kabila.
Ce qui devait être une manifestation politique allait rapidement tourner au drame. Empêchés de poursuivre leur marche par les forces de sécurité, les manifestants se retrouvaient face à un dispositif qui allait faire monter la tension. Les affrontements éclataient. Des tirs à balles réelles étaient rapportés. Des militants perdaient la vie.
Puis la violence gagnait les sièges des partis politiques. La CNC et le PPRD étaient notamment pris pour cible et incendiés. Mais le plus terrible allait être découvert le lendemain.
Le 20 septembre, le siège de l’UDPS, à Limete, n’était plus qu’un amas de ruines. Des corps carbonisés y étaient retrouvés. Les permanences des FONUS de Joseph Olenghankoy et du MLP de Franck Diongo subissaient également les flammes.
L’opposition y voyait des représailles politiques. Le pouvoir rejetait cette lecture et mettait en avant les violences commises lors des manifestations. Les responsabilités dans cette spirale de violence ont depuis fait l’objet de versions profondément contradictoires.
Dix ans après, que reste-t-il de cette journée ?
Au-delà des morts et des destructions, il reste une question qui mérite d’être posée sans passion : qu’avons-nous réellement retenu du 19 septembre 2016 ?
À cette époque, ceux qui manifestaient dans les rues de Kinshasa défendaient avec force l’idée que la Constitution ne devait pas être modifiée pour permettre à un pouvoir de s’éterniser.
Aujourd’hui, le contexte a changé. Les acteurs ont changé de position. Et certains de ceux qui combattaient hier toute idée de révision constitutionnelle se retrouvent désormais autour d’un projet de changement de la Loi fondamentale.
On peut comprendre que les réalités politiques évoluent.
Mais les principes, eux, devraient avoir une certaine constance. Ce qui était dangereux pour la démocratie hier ne peut pas devenir acceptable simplement parce que ceux qui le proposent aujourd’hui sont aux commandes.
La Constitution ne devrait être ni celle d’un camp, ni celle d’un président, ni celle d’une majorité. Elle devrait rester la règle commune, y compris lorsqu’elle impose des limites à ceux qui gouvernent.
Le 19 septembre 2016, la rue congolaise disait non au troisième mandat. Dix ans plus tard, cette date nous rappelle surtout une vérité simple : en démocratie, les principes ne devraient pas changer avec les positions que l’on occupe.
✍️Walter Nkuy Kimbungu Wally, chercheur en sciences politiques, UNIKIN





