Lambert Mende, du "tshaku national" au repenti opportuniste : l'art congolais du retournement politique
La scène politique de la République démocratique du Congo (RDC) est, depuis plusieurs décennies, le théâtre d'un dynamisme pour le moins singulier : celui de ses acteurs, qui changent de camp au gré des régimes, avec une agilité rare. De Mobutu à Tshisekedi, en passant par les Kabila, père et fils, rares sont ceux qui n'ont pas, un jour, retourné leur veste.
Ce cynisme politique a toutefois atteint, selon de nombreux analystes, son paroxysme depuis l'arrivée de Félix Tshisekedi à la tête du pays, et plus encore, depuis la rupture entre ce dernier et son prédécesseur Joseph Kabila.
Depuis ce divorce, plusieurs caciques de l'ancienne majorité présidentielle se sont empressés de faire allégeance au nouveau maître, parfois au prix de leur intégrité morale et de leur passé. L'objectif affiché : préserver leurs acquis personnels et espérer tirer profit de cette nouvelle dynamique.
Le cas le plus emblématique est sans doute, celui de Lambert Mende, ancien porte-parole du gouvernement sous Joseph Kabila, de 2008 à 2019. Aujourd'hui fervent défenseur du régime en place, celui qui fut le visage médiatique de la Kabilie affirme désormais avoir été "manipulé" par son ancien chef. Une volte-face saisissante pour celui qui fut surnommé le "tshaku national" ou encore le "bombardier" de la communication Kabiliste.
À travers ses récentes sorties médiatiques, Lambert Mende ne cesse de multiplier les déclarations acerbes contre Joseph Kabila, l'homme qu'il a pourtant défendu bec et ongles, contre vents et marées, quitte à être sanctionné par les États-Unis en 2017 pour son rôle joué dans la gestion chaotique de la crise de 2016.
Jadis omniprésent sur les plateaux, avec un verbe facile et une propension à répondre aux questions les plus hostiles, il affirme aujourd'hui que le discours officiel de la kabilie reposait sur une dénonciation permanente de la menace que représentait, selon lui, le Rwanda, incarnée par Paul Kagame. Il dit désormais éprouver "un profond sentiment de déception" face aux accusations selon lesquelles Joseph Kabila serait de mèche avec la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda.
"Mon maître Patrice Lumumba a été manipulé en 1960. Je n'ai pas honte de le dire", a-t-il lors d'un échange sur le réseau social X (anciennement Twitter), animé par le confrère Stanys Bujakera.
Par ailleurs, Lambert Mende refuse aujourd'hui d'assumer ses responsabilités dans les dérives du pouvoir qu'il a longtemps servi. Il affirme n'avoir pas été au courant de certaines bévues de la mouvance présidentielle, niant de fait le caractère collégial du fonctionnement du gouvernement. Une posture qui contredit ses nombreuses prises de position lorsqu'il était porte-parole, à une époque où il n'hésitait pas à minimiser, voir à nier, les tueries de manifestants opposés au maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-delà de son mandat constitutionnel.
Réputé pour sa rhétorique offensive et son franc-parler, Lambert Mende a été un défenseur acharné du pouvoir kabiliste. Son bilan à la tête du ministère de la Communication et des Médias reste marqué par des accusations de restriction de la liberté de la presse et de propagande, notamment lors des crises politiques de 2011 et 2016.
Aujourd'hui, l'homme de Lodja (Sankuru), déjà relégué au second plan par son nouveau maître, fait l'objet de moqueries de la part de nombreux congolais, qui voient dans ses piques contre Joseph Kabila une simple tactique de séduction à l'égard de son nouveau maître, Félix Tshisekedi. Cette stratégie intervient dans un contexte de redessinement de l'espace politique, à l'approche de l'organisation d'un dialogue national dont les conclusions pourraient, selon certains analystes, aboutir à la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Derick Katola





